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Portraits du passé



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Autoportrait (ni signé, ni daté)

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La mère de l’artiste (détail
de la IVe Station du Chemin
de Croix de l’Église paroissiale
à Dudelange)


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Portrait de l’abbé Bernard
Frantz (1899[?])


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La Ire station du Chemin
de Croix de Dudelange (1901)


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Der Fluch (1904)

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Lang méditant en compagnie
de l’instituteur Kremmer


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Retour du Bal (1908)

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L’associé de Lang, Berto Cappelari
dans l’atelier commun au Schmiddepärchen
(vers 1920)


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Le Barrage (1913)

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Vue de Dudelange en 1917

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Autoportrait (vers 1916)


Dominique Lang (1874-1919)

Nostalgique et rebelle à la fois, admirateur de l’ancien ouvert vers le nouveau, l’artiste-peintre Dominique Lang illustre à merveille le bouleversement que vécut la société dudelangeoise au début du siècle dernier.

Né le 15 avril 1874 d’une famille de paysans aisés – son père est propriétaire de la ferme Gudekaaf située au Brill – Dominique Lang fait partie de ces «Dudelangeois de souche» destinés depuis des siècles à vivre des terres familiales.

Cependant, Dominique montrera très tôt que telle n’est pas sa vocation : passionné de dessin depuis sa prime jeunesse, il se retire de plus en plus dans la contemplation de la nature pour laquelle il gardera toujours un sentiment puissant. Cette façon de vivre se heurte non seulement à l’incompréhension de son père, mais aussi à l’esprit du temps qui est imprégné de vitesse et de révolution.

À l’âge de vingt ans, encouragé par Steffgen, artiste-peintre trévirois de passage à Dudelange, le jeune homme décide de prendre des leçons de dessin à l’Athénée de Luxembourg (1894/95). L’enseignement de ses professeurs: MM. Engels et Thyes semble avoir été instructif, car à la fin de l’année 1895, Dominique part pour l’Académie d’Anvers. Son père refusant de payer les études, il doit loger dans de pauvres mansardes, sans pouvoir manger à sa faim. Heureusement, l’abbé Bernard Frantz (1863-1940), son principal confident avec lequel il entretient une vaste correspondance, lui allège le sort en passant commande de copies de tableaux célèbres (notamment des oeuvres de Van Dyck, Memling, Rubens et Léonard de Vinci).

Les années 1900/01 marquent, ensemble avec l’aboutissement des études, le début d’une première phase de création: Die Taufe Christi, fresque préraphaélite exécutée pour l’église de Junglinster, est suivie des premières stations du Chemin de Croix ornant la nouvelle église paroissiale de Dudelange. Un voyage d’études de quatre mois, subsidié par l’État luxembourgeois, l’amène en Lombardie et à Rome.

Dès son retour à Dudelange, en mars 1901, la triste réalité revient à Dominique Lang : cloisonné dans son atelier, travaillant pour des salaires à peine suffisants pour payer sa nourriture, il souffre bientôt d’affreux maux de tête. Après des critiques défavorables aux salons du Cercle Artistique de Luxembourg, il sombrera de plus en plus dans la dépression. Cet état d’esprit est illustré par de lugubres tableaux symbolistes, comme Der Tod und das Mädchen (1902), Freund Hein geht auf Besuch (1904) et Der Fluch (1904).

C’est au milieu de cette période dépressive que Lang décide de quitter la maison paternelle pour installer son atelier au lieu-dit Schmiddepärchen, sur un terrain offert par un parent. Il est également un des rares Luxembourgeois à fréquenter le quartier Italie dont il apprécie l’atmosphère. En franchissant ce pas, qui à l’époque est fort mal vu par les milieux luxembourgeois, l’artiste montre qu’il a pris quelque distance vis-à-vis de ceux-ci.

En mars 1906, Lang entreprend un voyage qui allait devenir le tournant de sa vie : admis à l’École de Peinture de Munich, il se consacre à l’art contemporain allemand avant d’être fasciné par l’impressionnisme (début 1907) qui, lors de ses séjours à Paris (1903/05), l’avait encore laissé l’indifférent. Dès lors, la peinture de Lang va évoluer de plus en plus en cette direction : si son Retour du Bal (1908) témoigne encore de sa période symboliste, Auf der Brücke (1909) a déjà un caractère purement scénique. Le goût pour l’impressionnisme lui fait découvrir la photographie, un art alors en pleine effervescence. À l’exemple de Köner et Müller, photographes à Dudelange, Lang ouvre un studio photographique, ce qui augmente considérablement ses revenus. Vers 1910, il s’associe à Umberto Cappelari, un cafetier du quartier Italie auquel il a vraisemblablement appris l’art de la photographie.

Après s’être marié, en 1911, avec Anne-Marie Ney (qui figure d’ailleurs sur beaucoup de ses tableaux, comme Auf der Brücke), il passe l’examen de maître de dessin et enseignera désormais au Lycée de Jeunes Filles et à l’École Industrielle à Esch-sur-Alzette.

En 1914, son tableau impressionniste Le Barrage est positivement remarqué au Salon du Cercle Artistique, ce qui n’est pas sans le flatter. Par la suite, Lang se consacrera de plus en plus aux paysages ruraux, surtout pendant la Première Guerre Mondiale. Dudelange en 1917 illustre à merveille ce refus du mécanique, si caractéristique de Lang : entourée de champs dorés, Dudelange semble endormie dans la paix ; l’usine et les quartiers ouvriers y sont escamotés.

À la fin de la guerre, souffrant d’une néphrite et affaibli par le pauvre régime alimentaire, Lang tombe à nouveau dans une phase de dépression. Cette courte période se caractérise une fois de plus par des oeuvres symbolistes dont L’Oiseau bleu est le tableau annonciateur. L’artiste ne survivra pas à cette seconde chute : il s’éteint le 22 juin 1919.


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